pour une juste amputation de la Belgique

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    Ministre-Président de la Région flamande
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moyennant des dédommagements
intellectuels, territoriaux et linguistiques
pour les Belges francophones,
à l’adresse du Ministre-Président de la Région flamande

Attendu que les Flamands de Belgique sont fatigués des Belges francophones et que l'inverse n'est pas vrai ;
Attendu que cette fatigue, toute compréhensible soit-elle, finit par humilier les francophones et attenter gravement à leur amour-propre ;
Attendu que se résigner au grignotage des piliers de la cohabitation dans l’espoir de sauver les meubles de la maison Belgique ouvre chaque fois la voie à une accélération de ce processus ;
Attendu que l’on ne peut se soustraire la tête haute à un chantage qu’en l’aggravant au détriment de son auteur ;

les Belges francophones signataires de la présente pétition
marquent leur accord
pour une amputation de la Belgique
à condition que :

1) les Belges francophones conservent la propriété intellectuelle sur le mot Belgique et ses produits dérivés;
2) la Belgique, une fois amputée, comprenne les actuelles Région Wallonne et Région Bruxelles-Capitale, ainsi que les 6 communes dites « à facilités » ;
3) les Flamands divorcent des francophones sans se payer de mots français, à savoir que :
• 6 mois après le prononcé du divorce, ils aient éradiqué tout mot français du nom de leurs restaurants, cafés, hôtels et autres établissements (1) ;
•12 mois après le prononcé du divorce, ils aient éradiqué de leur vocabulaire les centaines de mots flamands empruntés tels quels au français (2);
•18 mois après le prononcé du divorce, ils aient éradiqué de leur vocabulaire les milliers de mots flamands empruntés au français, puis flamandisés (3);
• 24 mois après le prononcé du divorce, ils aient flamandisé tous leurs patronymes d’origine française, comme le premier d’entre eux, Leterme, à rebaptiser Hetwoord, Devoltooiing ou Devervaldag, voire Deterp, au choix ;
4) l’équipe d’inspecteurs étrangers chargée de veiller à la pureté linguistique de la nouvelle frontière assortisse son contrôle d’un régime d’astreintes applicable à chaque contravention aux engagements repris au point 3) ci-dessus, astreintes qui seront proportionnelles au manque à gagner que représente pour les Belges francophones la sécession des Flamands ;
5) les francophones s’abstiennent, par solidarité, d’utiliser à dater du prononcé du divorce les 203 mots français d’origine néerlandaise (4).

(1) À commencer par restaurant, café, hotel et aussi accessoir, affinerie, affutage, agence, agronoom, ajusteur, ambulant, atelier, bijouterie, bureau, cabaret, cabinet, carrosserie, chauffage, chauffeur, coiffeursalon, confiserie, depannage, departement, depot, energie, entrepot, exploitant, faience, fruit, garage, installateur, lingerie, machine, maquette, maquillage, massage, messagerie, mode, parfumerie, pedicure, praline, reservoir, sanitair, souvenir, taverne, traiteur…
(2) Comme abattoir, abat-jour, abject, abondance, abonnement, abri, abrupt, absent, accent, accident, accolade, accoucheur, accu, à charge, à corps perdu, acquisiteur, acquis, acquit, acteur, administrateur, adolescent, affaire, affiche, affront, à fond, agent, à gogo, agrégé, aide-mémoire, air, à la baisse, à la carte, à la page, à la rigueur, allemande, alliage, alliance, allure, amant de cœur, amateur, ambigu, amendement, ameublement, amorce, amortisseur, amplitude, amusant, analyse, annonce, annuel, anomalie…
(3) Comme abces, abonee, absolutie, abstractie, abusief, accelereren, acceptabel, accentueren, accepteren, access, acclimatiseren, accordeon, accrediteren, accumuleren, acquireren, acteren, actueel, adjectief, administratief, admissibel, adres, adopteren, adoreren, adsorberen, adouceren, aduleren, adult, aereren, agiteren, agressie, affabel, affectief, affoleren, agoniseren, agrement, aimabel, ajourneren, akkoord, akoestiek, akte, alarmeren, alcoholiseren, aleatoir, alert, allusief, alkoof, alloueren, alternatief, altercatie, altereren, amalgameren, ambetant, amnestie, amoureus, amputeren, anciënniteit, animaal, animositeit, annuleren, antedateren, antichambreren…
(4) Cela compliquera quelque peu la vie quotidienne de se passer d’accise, action (bourse), affaler, amarre(r), béguine, bière, blasé, bouquin, buse (tuyau), cabaret, cancrelat, cauchemar, crabe, démarrer, digue, dock, drogue, écroué, écran, étape, frelater, freluquet, friche, frisquet, gosse, gredin, grommeler, grouiller, lippe, loterie, mafflu, mannequin, maquereau (proxénète), maquerelle, mitraille, pamplemousse, paquet, plaquer, pompe, potassium, rate, reluquer, ripaille, ruban, tringle, vacarme, vidange, vase (boue), wagon et yacht. On ne mangera plus d’elbot mais, comme disent les Français, du flétan, et on préférera à orphie son synonyme bécassine de mer. Quatre autres poissons devront malheureusement quitter la table francophone (bar, églefin, flet et sandre). En revanche, on se passera sans mal des 145 autres mots, qu’ils appartiennent au vocabulaire de la marine (accore, cague, cartahu, dogre, faseyer, gabord, hiloire, jaumière, orin, pinque, ralingue, starie, tangon…) ou pas (aurique, bleime, crèque, escalin, faubert, galimafrée, hie, kraal, lusin, nable, ploc, raban, risberme, suricate, troussequin, wagage,…). Il va sans dire, les Belges francophones se sépareront aussi à regret des quelques belgicismes d’origine flamande (brol, crolle, kot…) au profit de leurs équivalents moins savoureux (bric-à-brac, boucle, chambre d’étudiant…).


Cette pétition est l’œuvre de Laurent d’Ursel et une contribution à la future exposition : "Toute cruauté est-elle bonne à dire ?"


Les prolégomènes de cette exposition en donnent le meilleur avant-goût : http://www.loeuvrette.be/loeuvrettes/colla-prolegomenes.htm.